Voeux: et si Sarkozy copiait les autres présidents'
30/12/2010

La principale innovation des voeux 2011, que Nicolas Sarkozy va prononcer le 31 décembre 2010, sera leur diffusion en direct sur Dailymotion en même temps que sur les principales grandes chaînes. Le président ne fera pas aussi fort que Valéry Giscard d'Estaing (qui avait prononcé ceux de 1975 en couple) ou François Mitterrand (qui les avait délocalisés à Strasbourg en 1988 pour rendre hommage à l'Europe et à au bicentenaire de la Révolution). Cela dit, les voeux présidentiels, au-delà du contexte politique, sont aussi par définition une affaire de rituel, et parfois de répétitions. Slate.fr a décidé de prendre cette idée au mot en élaborant un texte de voeux pour Nicolas Sarkozy à partir de phrases coupées-collées des voeux prononcés par lui et ses cinq prédécesseurs de 1959 à 2009. Pour chaque paragraphe, vous pouvez cliquer sur la petite croix pour une courte explication de texte. *** // «Françaises, Français, je souhaite, en notre nom à tous, une bonne année à la France. Cette formule royale est signée du général de Gaulle pour ses deuxièmes voeux, en 1960. Et je suis rempli de l'espoir que cette année nous sera propice parce que nous avons fait beaucoup au cours de celle qui finit. Cette phrase ouvre les premiers voeux de De Gaulle, en décembre 1959. L’année précédente, l’homme du 18 juin était déjà de retour au pouvoir en tant que président du Conseil, et venait d'être élu président de la République, mais n'était pas investi. Pour quelques jours, le président était encore René Coty. 2010 fut une année de débats et, pour certains, l'occasion d'exprimer leur insatisfaction et leurs inquiétudes. Il n'est pas facile de réformer, je le sais, la crise que nous venons de traverser l'a rappelé. Au-delà de la défense d'intérêts particuliers, elle a mis en lumière des inquiétudes, des angoisses face au chômage, face à des réformes trop longtemps différées, face à un avenir incertain. Mais il n'y a pas de vrai dialogue social sans culture de la responsabilité: ne pas porter atteinte à l'intérêt général au nom d'intérêts particuliers, ne pas tout attendre de l'Etat, accepter le principe de la réforme à condition qu'elle soit juste et concertée. La réforme des retraites, qui concerne tout le monde et qui seule permettra de garantir à chaque Français une bonne retraite, est une chance pour tous. Un paragraphe 100% Chirac! Légèrement modifiée, la première phrase était signée de l'ancien président l’année de sa réélection dans les circonstances qu'on connaît: «2002 fut une année de débats et, pour certains, l'occasion d'exprimer leur insatisfaction et leurs inquiétudes». Les suivantes étaient signées du même auteur sept ans plus tôt, après le mouvement social de l’automne 1995 contre le plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale. Fin 1996, il évoquait ensuite la «culture de la responsabilité» pendant un hiver marqué par une grève des routiers. Enfin, fin 2002, il approuvait la réforme des retraites que François Fillon, alors ministre du Travail, s’apprêtait à défendre devant le Parlement. Reconnaissons-le, cette crise a pu éveiller, chez certains, quelques doutes par rapport aux espoirs que mon élection a fait naître. Eh bien non! Ces espoirs, je les porte. Ils ne seront pas déçus. Il y aura bientôt quatre ans que la France, ayant quitté le chemin du déclin, a pris la route qui monte. On sera surpris, quand les passions se seront apaisées, de la somme d'initiatives, de réalisations engagées par le gouvernement. Il est normal que le pouvoir en place paie dans l'opinion publique le prix de son courage. On lui rendra justice plus tard, c'est la règle! Les «doutes» et les «espoirs» qui ne seraient pas déçus, c’était le discours de Jacques Chirac en 1995, après les grandes grèves de l’automne. Quant à l’évocation du «déclin» (un mot qu’il est le seul à avoir prononcé à l’occasion des voeux) et de la «route qui monte», elle est de Charles de Gaulle, en décembre 1961. Enfin, la défense des «initiatives» et des «réalisations» et la critique feutrée de la sanction par «l’opinion publique» revient à François Mitterrand, fin 1991 puis fin 1992. Une époque où le président épuise trois Premiers ministres en deux ans (Michel Rocard, Edith Cresson, Pierre Bérégovoy) avant la terrible déroute des législatives de 1993. En 2011, il va nous falloir faire reculer le chômage et l’exclusion, réduire nos dépenses courantes pour nous permettre d’accroître nos dépenses d’avenir, relever le défi de la dépendance, qui sera dans les décennies à venir l’un des problèmes les plus douloureux auxquels nos familles seront confrontées. Il nous faudra produire plus, produire mieux, c'est une nécessité. Il y faudra l'effort de tous, de la constance, de la confiance en soi: il y faudra encore et toujours des réformes. Réforme de la fiscalité, qui doit cesser de freiner la volonté d'agir. Réforme de nos structures industrielles, afin que nous soyons capables de reconquérir notre marché intérieur et de distancer sur leur propre terrain nos concurrents étrangers. La première phrase est... de Sarkozy lui-même, l’an dernier: il suffit de remplacer l'année 2010 par 2011. Les suivantes, qui dégagent une petite musique pas si éloignée de la sarkozyenne, sont de François Mitterrand en 1981, six mois avant qu’il n’amorce le tournant de la rigueur. Nous avons traversé une crise sévère, mondiale, mais le ciel de l’économie s’éclaircit. A quelques signes, on reconnaît que cette crise commence à refluer lentement, comme une inondation qui se retire. Notre croissance a été trop faible cette année pour faire reculer le chômage, ce qui est mon objectif essentiel, mais elle repart et elle sera plus forte en 2011. Les deux premières phrases, avec leur commentaire «météorologique» sur la crise, sont de Valéry Giscard d’Estaing, lors de ses voeux pour 1976 puis 1979. A un gros détail prêt: pour ses deuxièmes voeux, le plus jeune président de la Ve République évoquait «une crise sévère, mondiale, dont nous avons cherché à limiter les effets sans pouvoir agir directement sur ses causes» —un commentaire qu’on imagine mal dans la bouche d'un Sarkozy président du G20... Au contraire de la dernière phrase, prononcée par Jacques Chirac fin 1996, et qui colle bien à la situation actuelle de la France, avec une croissance en hausse mais molle (entre 1,4% et 1,6%, après une récession historique en 2009) et une hausse du chômage (+2% pour la catégorie A). Par ailleurs, la violence, qui recule grâce à l'action du gouvernement, est loin d'avoir disparu. Elle trouble tous ceux et toutes celles d'entre vous qui ne demandent qu'à vivre en paix et à travailler avec tranquillité. La sécurité générale ne peut protéger personne contre un accident, une maladie, un malheur imprévu, mais l'insécurité générale comporte de terribles risques pour tout le monde dans ses biens, dans sa situation, dans ses libertés. L'éducation, la prévention sont indispensables, mais vous savez aussi que la sanction ne l'est pas moins. Je rappelle que la sécurité est la première des libertés. Fin 1998, Jacques Chirac évoquait, pour gêner le gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin, la sanction «indispensable» et la sécurité «première des libertés», avant, fin 2002, de rendre un hommage timide dans ses voeux à son nouveau ministre de l’Intérieur, un certain Nicolas Sarkozy. Le commentaire sur «la sécurité générale» et «l’insécurité générale», lui, a trente ans de plus, puisqu’il appartient à Georges Pompidou, en décembre 1972, quelques mois après avoir renvoyé le libéral Chaban-Delmas pour le plus rigide Messmer. Ce soir, mes pensées vont aussi vers toutes celles et tous ceux qui, chez nous, cette année, ont été cruellement touchés par les incendies et par les inondations. Et comment ne pas penser aussi à ces drames au-delà de nos frontières, et en particulier au tragique tremblement de terre en Haïti? Comment ne pas penser aux autres qui sont seuls et qui souffrent, privés d'espoir ou de travail, malades, otages victimes de l'injustice de la vie, ou pire, de l'injustice des hommes' Les deux premières phrases sont de Jacques Chirac, lors de ses voeux pour 2004, mais restent d’actualité après une année marquée par la tempête Xynthia en France et le tremblement de terre haïtien (il y a sept ans, le chef de l’Etat évoquait le séisme en Iran). Les voeux pourraient aussi mentionner le sort des otages français en Afghanistan (qui atteignent un an de captivité) et au Niger: en 1985, en évoquant les «otages victimes [...] de l’injustice des hommes», François Mitterrand faisait sans doute allusion à Jean-Paul Kauffmann, Marcel Carton, Marcel Fontaine et Michel Seurat, otages au Liban depuis le printemps. 2010 fut en effet marquée dans le monde par l'instabilité, les tensions et les crises: les guerres en Irak et en Afghanistan, les attentats et les violences au Proche-Orient, les troubles en Côte d'Ivoire... Partout, la France a assumé fortement et clairement ses responsabilités pour la paix et pour le respect du droit. Elle continuera à agir en ce sens. Fin 2003, Jacques Chirac parlait dans ses voeux des «tensions» et des «crises» et mentionnait, déjà, les «troubles en Côte d’Ivoire», alors que le pays était déchiré et divisé depuis un an. De même, au-delà des difficultés qui ont toujours émaillé la construction européenne mais qui ne l'ont jamais arrêtée, elle continuera à porter une grande ambition pour une Europe au service de tous les citoyens. Cette année, le grave déséquilibre de nos économies nous a conduits à une crise monétaire qui risquait de nous faire passer sous la dépendance des prêteurs étrangers et suscitait la joie odieuse des spéculateurs de la finance, de la politique, de la presse, qui jouaient notre déconfiture. Avec tous nos partenaires, nous avons trouvé un bon accord. L’Europe subira, dans les mois qui viennent, de rudes assauts. Elle a besoin qu'on l'aide et que l'on y croie. On avoue, on a un peu triché: la mention de la «crise monétaire» ne concernait pas l’Europe, mais la France. Elle est du général de Gaulle, en décembre 1968, sept mois après les accords de Grenelle et un mois après une dévaluation du franc qui bouclait une année difficile pour le pouvoir. Le «bon accord» européen a lui été évoqué par Jacques Chirac fin 2005, au sujet du budget (Nicolas Sarkozy en fera-t-il de même cette année, après l’accord sur le fonds de sauvetage aux pays en difficulté?) et les «rudes assauts» par François Mitterrand en 1986, après l’élargissement à l’Espagne et au Portugal et l’Acte unique. Pendant les douze prochains mois, la France assurera aussi la présidence du G8 et du G20. Partout, je m'efforce d'affirmer l'image d'un pays ouvert sur l'évolution du monde, indépendant et fier mais fraternel, actif mais respectueux de la liberté et de la dignité des autres. Cette France vivante et forte, cette France accueillante, apaisée, elle sera la nôtre grâce aux choix que nous avons faits : choix de l'Europe, choix de la modernité, respect de l'identité française. Une France rassemblée, ayant confiance en elle, regardant l’avenir comme la promesse d’un accomplissement, voilà le vœu que je forme pour notre pays. La première phrase est de Giscard d’Estaing, fin 1978, mais il évoquait à l’époque la CEE: les précédentes présidences françaises du G6/G7/G8 (1975, 1982, 1989, 1996, 2003) n'ont été généralement pas abordées, mais celle de 2011 pourrait l'être par Sarkozy —un reflet de l’importance accrue qu’on attribue à ce forum avec la crise... La France «vivante, forte et apaisée» était elle le souhait de Jacques Chirac en 1996, et la France «rassemblée» celui de Nicolas Sarkozy en 2009. Je ne promets rien d'autre à personne que la poursuite, sans faiblesse, de l'effort de redressement national où nous sommes engagés. Je mets toutes mes forces au service de cette ambition qui est aussi celle du Premier ministre, auquel je tiens à rendre hommage pour l'action courageuse qu'il a menée avec détermination dans des circonstances particulièrement difficiles. En décembre 1983, François Mitterrand vantait «l’effort de redressement national» décidé par son gouvernement —trois mots qui résument le tournant de la rigueur entériné en mars 1983 par le troisième gouvernement Mauroy avec l’arrimage du franc au deutschemark et la politique de désinflation. Le Premier ministre qui se voyait rendre «hommage» fin 1995, quant à lui, était Alain Juppé, plombé par l’échec de sa réforme de la Sécu. Du fond du cœur je présente à chacun d'entre vous mes meilleurs vœux pour 2011. Vive la République, et vive la France !» La formule «Vive la République! Vive la France!» peut paraître classique, mais n'est pas systématique: elle a souvent disparu de 1969 à 1980, pour les voeux de Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing. A notre connaissance, il n'existe pas de base de données officielle des voeux présidentiels. En revanche, il est possible d'accéder au texte de tous les voeux de 1959 à 2007 sur la page personnelle de Jean-Marc Leblanc, chercheur en sciences du langage et spécialiste des voeux présidentiels. Il est également possible de visionner la plupart des voeux sur le site de l'Ina. Jean-Marie Pottier
A l'inquiétude sociale, la réforme des retraites votée en novembre 2010 a ajouté l'amertume. Si elle n'a pas paralysé l'activité économique du pays comme à l'automne 1995 (crise oblige), la grogne sociale a été manifeste, durable et de grande ampleur....
Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, comme d'autres membres de la classe politique française, auraient bénéficié d'argent sale détourné par feu le président du Gabon Omar Bongo, selon un cable diplomatique confidentiel...
Sous la monarchie Y avait les louis d'or Sous le Sarkozy Y a les "COPE d'or 2 Sos les bonapartistes Y avait les Napoléons Sous le sarkoléon Y a...

